LA DEPRESSION : une approche générale (1)

Publié le par Jean-Marie Demarque

Le mot « dépression » est aujourd’hui à la mode et fréquemment usité à toutes les sauces, lorsqu’il n’est pas tout simplement confondu avec d’autres affects qui par ailleurs peuvent en faire eux-mêmes  partie intégrante : de la déprime à l’anxiété, passant par l’angoisse et le blues saisonnier pour aboutir à la mélancolie, le thème semble faire recette et permet certainement à maints imprimeurs de revues de vulgarisation de s’achalander un public souvent très vaste et – curieusement- majoritairement féminin !

Il me semble donc utile, avant de poursuivre et d’entrer dans le « vif » du sujet de ce mémoire, de préciser ce dont on veut ici parler.                                

La dépression nerveuse, résultante d’un « état dépressif » est une maladie à part entière, une pathologie grave qui appelle donc des soins dans le sens le plus large de l ‘acception du terme, pathologie dont l’état repose sur une modification de l’humeur et un ralentissement de l’activité générale. Le dépressif éprouve des sentiments d’incapacité, d’impuissance, de culpabilité. Il se sent inutile, il a tendance à se juger ou à s’évaluer négativement, à « broyer du noir », en même temps qu’il devient moins actif, que ses capacités intellectuelles diminuent et que son « tonus général »baisse de manière parfois spectaculaire.  

A ces symptômes généraux viennent s’ajouter plus ou moins de troubles physiques ( douleurs, troubles digestifs, manque d'appétit, diminution de la libido, troubles du sommeil … A noter que ces seuls troubles peuvent apparaître chez des patients et que leur absence de lien avec une lésion ou une maladie identifiable clairement peut être la seule et unique piste qui guide le thérapeute vers un diagnostic de dépression)  ou de troubles mentaux (obsessions diverses, phobies soudaines, délires) qui conduisent inconsciemment le sujet à lutter contre son état et le rendent, par exemple, hyperactif, agressif, soupçonneux ou encore l’incitent à adopter des conduites à risques que l’on peut percevoir comme les manifestations latentes du risque majeur de l’évolution morbide de cette maladie : le suicide.

Ainsi, nombre de dépressifs pourront prendre des risques inconsidérés sur la route, « tomberont » dans des excès de toutes sortes (tabagisme, alcoolisme, alimentation déréglée…)

Si l'on s'en tient aux états dépressifs pathologiques proprement dits, en 2004, les statistiques de l'Organisation mondiale de la santé estimaient à 5 ou 10% la fréquence dans le monde de tels états. Environ 10% de ces cas sont soignés, les quatre cinquièmes par des médecins non spécialisés, un cinquième seulement par des psychiatres ou d’autres professionnels de la santé mentale[1].

De tout ce qui précède, il ressort clairement que la dépression « vraie » est un mal spécifique qui n’a rien à voir avec les déprimes auxquelles tout un chacun peut être plus ou moins confronté. Mais il n’en reste pas moins vrai (et inquiétant ) que ce « mal » est en passe de croître considérablement, jusqu’à rejoindre la catégorie de « mal du siècle » !

La dépression est l’une des maladies psychiques les plus répandues. Selon une enquête réalisée en 2005* par l’Inpes :

• 8 % des Français de 15 à 75 ans (soit près de 3 millions de personnes) ont vécu une dépression au cours des douze mois précédant l’enquête ;

• 19 % des Français de 15 à 75 ans (soit près de 8 millions de personnes) ont vécu ou vivront une dépression au cours de leur vie.

La dépression est une maladie qui semble toucher davantage les femmes : environ deux fois plus de femmes sont diagnostiquées comme souffrant de dépression.

*Enquête Baromètre santé 2005

 

Les chiffres repris dans le tableau statistique suivant[2], même s’ils concernent la France, ont leur équivalent chez nous en Belgique et sont là pour nous démontrer, si besoin est,  l’ampleur du « phénomène » :

 














Pourquoi  ce « phénomène » est-il si actuel et prend-il autant d’ampleur ?

 C’est d’abord vers notre mode de vie occidental qu’il nous faut nous tourner pour en discerner les causes :

·        Notre mode de vie, les pressions psychologiques qu’il génère, les dérives diverses en matière d’hygiène de vie (stress, overbooking, burnout, « malbouffe »…) jointes paradoxalement à un accroissement de la longévité y est sans doute pour beaucoup.

·        Mais on a aussi remarqué que la « laïcisation » de la société occidentale joue aussi un certain rôle dans la prolifération des états dépressifs et surtout dans leur conclusion morbide. Les tranches de population où la pratique religieuse este la norme semblent moins souffrir de la dépression et par conséquent être moins exposées au suicide, si l’on excepte, bien sûr celui qui est « pratiqué » par des fanatiques.

·        Enfin, et ceci concerne bien évidemment une fois encore notre monde occidental, on a pu constater que la poussée des maladies cardio-vasculaires et certaines médications étaient à l’origine de certaines dépressions dites « iatrogènes » : certains anti-hypertenseurs, des corticoïdes, voire des anti dépresseurs ! Idem pour ce qui concerne la « mode » des régimes répétitifs et déstabilisant autant le fonctionnement physique que l’aspect psychique de l’être humain. (Boulimie, anorexie, etc…)

 

On est mieux informé, dans l'opinion sur les symptômes des états dépressifs  et le diagnostic en serait plus répandu qu'avant la Première Guerre mondiale. On tend à codifier au maximum la symptomatologie dépressive à l'aide d'échelles d'évaluation (Hamilton, Mongomery-Asberg), utilisables à la fois par les psychiatres, les médecins généralistes et les infirmières. On y recourt pour juger de l'effet de nouveaux médicaments antidépresseurs, mais aussi pour permettre des comparaisons transculturelles, entre pays de culture différente par exemple, grâce à un langage commun plus homogène.                                                     

                                                                      

1.1. Aspects cliniques et classification :

 

Les praticiens divergent parfois considérablement dans leur classification des syndromes dépressifs. Il n’y a, actuellement, aucun vrai consensus sur ce plan, ceci en raison de la manière différente  dont les divers modèles théoriques perçoivent l’étiologie de la dépression.  Seuls les deux systèmes proposés respectivement par l’OMS[3] dès 1993, et par l’AAP[4] l’année suivante échappent au classique schéma étiologie/pathologie et, étant clairement descriptifs, permettent au personnel soignant dans son ensemble d’avoir une approche plus unifiée du sujet[5]. Enfin, à l’usage large de ce même personnel soignant, on tend de plus en plus à codifier au maximum la symptomatologie dépressive à l'aide d'échelles d'évaluation (Hamilton, Mongomery-Asberg), échelles auxquelles on a recours pour juger de l'effet de nouveaux médicaments antidépresseurs, tout en permettant des comparaisons transculturelles, entre pays de culture différente par exemple, grâce à un langage commun qui soit plus homogène.                                                          

1.1.1. Classification selon les normes de l’OMS, par le biais de la « CIM 10 »

 

Dans ce cadre, la dépression se range dans les « Troubles de l’Humeur », classés eux-mêmes suivant un système de codes allant de « F30 » à « F39 », renvoyant aux sept catégories principales suivantes :

1.     F30 : Episode maniaque.

2.     F31 : Trouble affectif bipolaire.

3.     F32 : Episode dépressif.

4.     F33 : Trouble dépressif récurrent.

5.     F34 : Troubles de l’humeur (affectifs) persistants.

6.     F38 : Autres troubles de l’humeur (affectifs).

7.     F39 : Troubles de l’humeur non spécifiés (affectifs)

 

On remarque qu’il existe un « trou » entre F34 et F38, qui laisse naturellement place à d’éventuelles autres catégories.

Ces catégories principales sont développées dans un tableau qu’il serait fastidieux de reproduire ici, d’autant qu’il est facilement accessible par le biais de divers médias. A ce tableau correspond en outre un autre outil, qui envisage les critères diagnostiques d’un épisode dépressif[6].

 

Ludivine Demarque
Troisième Licence en Psychologie

[1] Source : Encyclopédie Universalis.

[2] Extrait d’un livret « tout public », réalisé par l’Inpes (Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé, avec la collaboration de professionnels issus des divers secteurs de soins de santé mentale, dont :

DR Xavier BRIFFAULT, chercheur en sociologie de la santé mentale, Cesames, CNRS

Aude CARIA, psychologue, responsable de la Maison des usagers, CHU Sainte-Anne, Paris

Claude FINKELSTEIN, présidente de la Fédération Nationale des Associations d’usagers en PSYchiatrie (FNAPPSY), Paris

DR Alain HERIQUE, médecin conseil, CNAMTS, Service médical du Nord-Est

DR Philippe NUSS, psychiatre, service de psychiatrie, CHU Saint-Antoine, Paris

PR Jean-Louis TERRA, psychiatre - professeur d’Université, Université Claude Bernard - Lyon I

Stéphanie WOOLEY, présidente d’honneur de l’association France-Dépression

L’AFSSAPS ET LA HAUTE AUTORITÉ DE SANTÉ (HAS)

Brigitte CADEAC D’ARBAUD, responsable Fil Santé jeunes, École des Parents et des Éducateurs d’Île-de-France

Philippe CARETTE, psychothérapeute, Centre thérapeutique « Recherche et Rencontre », Paris

DR Jeanne ETIEMBLE, chercheur - responsable de mission « Expertise collective », hôpital Bichat - Inserm, Paris

DR Nicole GARRET-CLOANEC, psychiatre, présidente de la Société d’information psychiatrique, Paris

DR Marc GROHENS, psychiatre, Centre hospitalier de Poissy / Saint-Germain, membre de la Fédération française de psychiatrie

DR Claudie HAXAIRE, Université de Brest - Faculté de médecine

Anne-Claire HOREL, chargée de projet européen, programme EAAD, Centre hospitalier René Dubos, Accueil psychiatrique, Cergy-Pontoise

Elisabeth KREMER, psychothérapeute, formatrice, IFRDP - FF2P, Dijon

Jérôme LUCAS, psychologue, membre de la Fédération française des psychologues et de psychologie (FFPP)

Anne PIERRE-NOEL, responsable de communication, Unafam, Paris

DR Serge RAFAL, responsable de la consultation d’acupuncture, de phytothérapie et d’homéopathie, Hôpital Tenon, Paris

DR Claude ROSENZWEIG, médecin généraliste, Maison médicale « Le Clos Macé », Gévezé (Ille-et-Vilaine)

Michaël VILLAMAUX, psychologue, Centre de santé et de réadaptation de Paris, MGEN Action sanitaire et sociale

[3] Organisation Mondiale de la Santé, 1992-1993.

[4] American Psychiatric Association, 1994.

[5] Cfr KLEFTARAS Georges, « La Dépression : Approche Cognitive et Comportementaliste », l’Harmattan, Psychologiques, Paris 2004, traduction française de Ninette Diovouniotou, p.62.

[6] Cfr KLEFTARAS Georges, « La Dépression : Approche Cognitive et Comportementaliste », pp. 77-81, Op.Cit. p.3

Publié dans Infos Psy

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