Freud ou Jésus : même "récup"?

Publié le par Jean-Marie Demarque

Sigmund Freud, « l’Inventeur de la psychanalyse », ou du moins tel que nous le percevons, bien que Juif, et fier de l’être (il n’a jamais renié sa judéité !) n’était pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un « religieux ». Il avait même pour cette la religion, lui qui appartenait à une famille de la « Haskala », d’un judaïsme libéral et libéré,  une certaine aversion, que la psychanalyse lui partagera largement. Et on comprend ce phénomène dans la mesure où le « religieux », quelle que soit l’étiquette dont il se désigne ou se distingue est, à bien des égards, le lieu même du mensonge, du hiatus entre le dire et le faire, le refuge de « gourous » de tout poils, parfois très « propres  sur eux », très officiels et reconnus, mais pourris jusqu’à la moelle, parfois aussi très bien pensants et « pratiquants », mais à des années lumière de l’enseignement de celui dont ils se réclament, que ce dernier s’appelle YHWH, Jésus ou Bouddha, pour ne parler que de ces trois-là qui personnellement m’attirent et me « parlent » dans leurs lignes de vie et que j’imagine bien tristes (le mot est faible) s’ils ont l’occasion de voir ce que les hommes, et particulièrement les chrétiens ont fait de leurs préceptes.

J’ai une admiration sans borne pour un Juif né il y a quelque deux millénaires, issus du petit peuple d’Israël, oppressé tant par ses occupants que par son « clergé » -les uns comme les autres se valent au fil des siècles- , un homme tout simple, artisan comme son père, mais un mec, un vrai un « qui en avait » et qui n’avait pas peur de dire leur fait aux grenouilles de bénitier de son temps, les taxant d’hypocrites, de sépulcres blanchis et de races de vipères… Un mec qui osait dire –et faire !- des choses vraies, qui venaient de ses tripes, et qu’on a cherché par tous les moyens à « éliminer ». Un mec qui explosait de rage devant toutes les injustices, un mec qui osait, en dépit du « qu’en dira-t-on » fréquenter les mécréants, les prostituées et les autres parias de son époque…

Rien de nouveau sous le soleil : les « bons chrétiens » sont toujours là, confortablement installés dans le cocon de leurs pratiques dominicales, de leurs habitudes aussi sacro-saintes que mesquines, de leur bienséance si légendaire qu’elle leur a imposé pour beaucoup un silence coupable et complice lorsqu’un psychopathe décréta, puisque « Dieu était avec son peuple » l’extermination de tout ce qui « faisait tâche » : handicapés moteurs et mentaux, improductifs, homosexuels, tziganes, juifs… Freud lui-même ne dut son salut et ne put quitter Vienne que grâce à l’intervention de Marie Bonaparte… Plusieurs membres de sa famille ont périt dans le maelstrom de l’Holocauste…

   Aujourd’hui, bien sûr, les choses ont changé. Et il y a encore de « vrais » chrétiens, dans le sens de « disciples de l’enseignement de l’homme Jésus » qui osent dire et faire. Je ne puis laisser de côté des gens comme l’Abbé Pierre, le Pasteur Boegner, Mère Térésa ou encore Sœur Emmanuelle qui nous a quittés il y a peu. Je ne puis non plus mettre dans le sac d’infamie quelques pasteurs, prêtres, paroissiens ou quelques moines Cisterciens que je connais bien. Et peu m’importe leur théologie ou leur manière de croire : elle leur appartient, et si elle les rend heureux tout en leur permettant que d’autres puissent croire différemment ou même ne pas croire du tout, tout est bien !

Mais je suis écœuré lorsque je vois dans des paroisses protestantes l’indifférence vis-à-vis de la souffrance humaine, la propension à ne rien faire sous prétexte qu’on n’a pas de moyens, à ne pas se mouiller, si ce n’est pour comploter contre celui qui dérange et que, comme les collègues d’il y a deux mille ans, on voudrait bien éliminer. (Mais ce sera plus compliqué, car il est de toute évidence moins « gentil », et pas vraiment du genre à tendre l’autre joue !

Je comprends que les gens fuient à l’évocation du terme de « psychothérapeute » : il y a trop de charlatans en la matière, et d’autre part, le terme assimilé à celui de « Médecin des Fous » le dessert largement. Pourtant, en l’occurrence, la folie c’est justement de ne pas consulter, de ne pas chercher à améliorer sa vie, à s’améliorer soi-même.

Mais je comprends encore plus que les gens fuient à l’évocation du mot « chrétien ». Surtout s’il est associé au premier !

Ce que je crois, comme un véritable « credo » auquel j’adhère de toutes mes forces, c’est que la psychothérapie se doit d’être neutre, de ne juger personne ni dans ses actes ni dans ses croyances. Elle se doit d’être là pour écouter, même l’indicible, pour aider son prochain à trouver des voies meilleures, celles de son bonheur, de son épanouissement et, partant, celles de ses proches.

Tous comptes faits, le « mec » Jésus, je crois qu’il aurait fait un bon psy.

Mais il a hélas, lui aussi, un peu comme Freud et ses « Vrais » disciples, été souvent récupéré par une foule de charlatans pontifiants et intéressés !

 

Jean-Marie Demarque

Psychothérapeute.

 

Publié dans Infos Psy

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