Feedback d'une matinée qui fait sens

Publié le par Jean-Marie Demarque

Si la remise en question de son être est une démarche essentielle à l’équilibre d’un être humain, si la recherche de la connaissance de soi, le « gnôti seauton », est par excellence La recherche dont on ne sort jamais et qui nous pousse sans cesse à nous interroger au départ des trois principales questions existentielles que sont le « qui suis-je ? », d’où viens-je ? » « où vais-je ? », questions auxquelles depuis des millénaires les religions se sont efforcées d’apporter des réponses aussi péremptoires qu’imparfaites, voire déstructurantes, alors je crois que la psychanalyse est là pour appuyer la quête de quiconque est en recherche de sens, tant pour son existence propre que pour celle des autres qui s’adressent à lui comme à un supposé savoir . Mais savoir qu’il ne sait pas, savoir auquel il cherche lui-même une accession qu’il sait par essence, impossible et irréalisable !

 

Nouvelle quête du Graal dans un esprit de neutralité et de laïcité ? Peut-être et sans doute…

 

Quête aussi d’une humilité qui se perd dans le monde structuré, formaté et individualiste qui est devenu le nôtre, un monde où chacun a son « tiroir réservé », du quel il ne sort pas et dans lequel les « autres » n’ont pas accès , parce que ne portant pas la marque de l’institution, de la religion, de l’option politique ou de la formation étatisée qui ont fabriqué l’occupant du tiroir, lui qui n’en est souvent que le lamentable prisonnier ! Et s’il lui arrive d’en prendre conscience et de vouloir quitter son tiroir, il s’en trouve le plus souvent expulsé, marginalisé, sous une avalanche de faux prétextes dont savent si bien se servir les défenseurs d’une normativité qui ne sert que leurs propres intérêt.

 

Pseudo-universitaires imbus d’un savoir souvent conventionnel et qui s’en contentent sans même imaginer qu’il puisse être le lieu d’une croissance et d’une évolution, détenteurs de dogmes, de doctrines, de déontologies étriquées, j’en passe, et des meilleures, et songeant à eux et à tous les autres qui ont pour trait commun de hurler avec les loups, et j’ai envie de leur crier : « mort aux cons ! ». Ce n’est pas très poli, ni très convenable, mais cela soulage et a le mérite d’être sincère !

 

J’ai eu, avec d’autres, la chance, dans mon cursus (universitaire !) d’avoir quelques professeurs « clés » qui m’ont ouvert les portes donnant accès à un horizon aussi réel et attirant qu’inaccessible, de vrais « supposés savoir », bien plus que des « maîtres », adeptes d’une maïeutique certes plus difficile à mettre en œuvre qu’un enseignement purement dogmatique, mais qui nous ont fait prendre la mesure de ce sempiternel questionnement, de cette succession de sorties et de redescentes dans la caverne originelle, qui à mes yeux est seule garante d’une expérience humaine qui vaille vraiment.

 

Deux m’ont particulièrement marqué : mon premier prof de Philo, aujourd’hui malheureusement décédé, et celui qui fut mon prof d’hébreu, compagnon de travail d’un temps sous la houlette du GRIC, qui m’a donné le goût pour la culture et la mystique juive, goût dont l’agnostique que je suis devenu ne saura jamais plus se départir. Or, tous deux étaient lacaniens, le premier ayant été assez proche de cet être d’exception que fut et reste Jacques Lacan, que je découvre aujourd’hui avec passion et, oserais-je le dire, avec un émerveillement qui n’est pas sans se faire l’écho d’un esprit d’enfance qui jamais ne m’a quitté, qui toujours m’a permis de « rebondir », même dans les situations les plus scabreuses ou difficiles.

 

Rebondir…

 

C’est bien le juste mot en ce qui me concerne aujourd’hui. Et comme dans tout rebondissement, il y a une phase d’élévation, puis de descente et de re-contact avec le réel, ce lieu particulier où, justement, on « se casse la gueule » ! Mais j’ajouterai –et cela n’engage que moi- que c’est justement là où cela fait mal que cela fait du bien.

 

Lorsque je me suis trouvé, il y a un an, en position de devoir rebondir, je l’ai fait sciemment dans une direction choisie, dont je croyais savoir beaucoup et dont j’ignorais totalement l’essentiel. Et, aux prises avec la réalité de la chose et de sa pratique, je me suis fait très mal !

Mal parce que désemparé et seul devant des « cas » qui me semblaient, pour moi, inaccessibles. Désappointé devant le silence, voire le black-out de ceux vers qui je croyais pouvoir me tourner pour obtenir à tout le moins des conseils. Inquiet face aux réactions de mon propre psy qui voyait ma pratique balbutiante comme une atteinte à sa propre déontologie. Désappointé aussi face à l’attitude très dure de certains psychologues « brevetés », dont un m’est très proche, et qui ne cachaient pas leur aversion –injustifiée et fruit d’une totale méconnaissance !- pour la psychanalyse en général, surtout la « psychanalyse laïque », et pour Lacan en particulier ! (une démonstration dans leur cas précis que pour eux, l’Université a bien été le « lieu  de l’ignorance enseignante », soit dit en passant !)

 

Il n’empêche que c’est avec un peu d’appréhension que je me rendais hier (7mars 2009) à la matinée des Cartels annoncée par le courriel de l’ACF belge, à Bruxelles.

Une première pour moi, qui me demandais quelle place pouvait bien être la mienne au sein d’un cercle que j’imaginais aussi fermé qu’hermétique au sens fort, voire gnostique du terme. Et de découvrir, aussi étonné qu’enthousiaste, au fil des quatre interventions qui se sont succédées, du débat qui s’en est suivi et des conclusions de Pierre Naveau, que le débutant que j’étais y avait non seulement sa place, mais se devait de tout mettre en œuvre pour s’y insérer et asseoir plus avant sa quête de vérité au départ, non pas d’une adulation pour un maître, ni d’un respect de sa doctrine, mais d’une interprétation personnelle et d’un partage de son enseignement, pour son propre bénéfice et celui d’autres.

 

Une phase au moins aussi importante et essentielle que l’analyse par un tiers et l’auto-analyse, formatrice d’un « esprit » qu’aucune pédagogie, si précise et pointue soit-elle ne saura jamais atteindre ! C’est toute la différence entre « formation » et… »formatage » !

 

Jean-Marie Demarque

Psychothérapeute.

 

GRIC : Groupe de recherches islamo-chrétien.

Publié dans Réflexions Psy

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