Alcool : le piege - Mode d'Emploi

Publié le par Jean-Marie Demarque

L’alcool agit sur notre cerveau, et donc sur notre comportement.
Consommé « raisonnablement », il peut être apprécié pour son goût. Ce ne sont pas les œnologues ni les véritables amateurs de bière qui me contrediront. Et un vieil Armagnac est de loin plus sympathique qu'un  vieillard maniaque !

C’est l'alcool est aussi un désinhibiteur qui induit une sensation rapide de mieux être et peut aider certaines personnes à dépasser –artificiellement- leur timidité. C’est aussi, dans une certaine mesure, un antidépresseur efficace. Je dis « dans une certaine mesure », parce que c’est aussi, malheureusement, un « dépresseur ». Qui n’a pas un jour éprouvé le besoin d’un « remontant » après un choc psychologique ? L’ennui, c’est qu’on entre là dans les dimensions dangereuses de l’alcool. D’autant qu’il a meilleur goût qu’un cachet de benzodiazépines et qu’il est facilement accessible… L’apéritif occasionnel, la bière du soir, le verre de –bon !- Bordeau ne sont pas en eux-mêmes dangereux. Un verre de Bordeau par jour (si on ne boit rien d’autre comme alcool) serait même bon pour le cœur.
Et au niveau du risque d’alcoolisation (le risque de basculer dans l’alcoolisme), il n’y a pas d’alcool plus dangereux que l’autre : un verre traditionnel de vin, un verre de bière « forte », un verre de cognac contiennent la même dose d’alcool dans leur quantités « normales » de service (12,5 Cl pour le Bordeau ; 33 Cl pour la « trappiste » ; 3 Cl d’alcool à 40°). On admet communément qu’une consommation « normale » d’alcool est de trois verres pour un homme et deux pour une femme. Pas que celles-ci soient plus faibles, mais en raison d’une quantité de graisses plus importante dans leur corps, qui les rend plus sensibles physiquement aux effets néfastes produit. Passée cette limite des deux-trois verres, on entre, souvent s’en apercevoir, dans la « consommation à risque ». Petit à petit va s’instaurer, avec l’augmentation des doses, une habitude et une sorte de « résistance ».
Certaines personnes « tiennent » tellement bien l’alcool que personne (leurs proches exceptés) ne s’aperçoit qu’elles boivent, et parfois dans des proportions effrayantes. On peut sembler être dans son état normal tout en absorbant quotidiennement de l’alcool fort et plusieurs litres de bière et un à deux litres de vin ! On peut en arriver à « tenir » cela sans que notre comportement en soit affecter. Seule l’haleine peut nous trahir. Mais elle peut être masquée facilement (chiques, pastilles, etc…) et n’est finalement guère gênante puisqu’il est « normal » de boire un verre.
Le pis, c’est qu’à l’intérieur que les dégâts, invisibles, se font et parfois peuvent mener tout droit à la mort. L’œsophage, l’estomac sont directement irrités par l’alcool. Des nausées peuvent survenir, provoquant des vomissements tellement violents qu’ils peuvent provoquer une grave hémorragie, souvent fatale si elle survient la nuit, pendant un « sommeil de cuite » . Même risque avec les varices œsophagiennes. Le foie en prend aussi un « sacré coup » : Face à un surcroît de travail forcé, il va commencer à gonfler (la « bedaine » du buveur). Il va se saturer de graisses, devenir sensible à la palpation, puis va perdre ses cellules avant de se nécroser, ce qui se traduit par la fameuse cirrhose, à l’issue presque toujours fatale. On constatera aussi une hypertension portale (du nom de la grosse veine « porte » qui amène le sang vicié au foie pour qu’il le filtre. Inutile de dire que le cœur, et le cerveau en prennent un coup eux aussi. On constatera des « lourdeurs » dans les jambes, des douleurs insupportables dans les pieds et les muscles, douleurs dues à des problèmes circulatoires et à la polynévrite… Sinistre tableau, qui jusqu’à un certain stade, peut encore être réversible.
Le foie, principalement, a la capacité, jusqu’à un certain point, de se régénérer et même de revenir à la normale ! Mais dans ce tableau, j’oublie un élément essentiel : celui de la dépendance physique induite par l’alcool, qui entraîne chez le buveur à jeun (donc souvent au réveil) des phénomènes insupportables de « manque » dont des sueurs et surtout des tremblements des mains contre lesquels il ne peut trouver qu’un remède : l’alcool. Des phénomènes aussi contre lesquels il ne saurait lutter seul, ni par un sevrage br

Car l’alcoolique est un malade ! Un malade comme un autre, qui n’a pas voulu plus qu’un autre sa maladie, une maladie dont il souffre et contre laquelle il est aussi inutile qu’inconvenant d’opposer une prétendue morale ! Un malade a besoin de soin, d’aide et d’attention. Pas de mépris, ni de morale. Viendrait-il à l’idée de quelqu’un de mépriser ou de faire la morale à un cardiaque ou à un cancéreux ? C’est pourtant ce mépris et cette morale qui finissent hélas par « achever » l’alcoolique, soit en l’enfermant dans sa maladie, soit en l’excluant au nom du « qu’en dira-t-on », de ces fameuses « trompettes de la Renommée, bien mal embouchées » que chantait avec ironie Brassens. Si, vous qui lisez ces lignes, vous vous y reconnaissez un peu ou beaucoup, si vous êtes tombés dans le piège, ou en train de le faire, dites vous que, si vous le voulez, vous pouvez vous en sortir et redevenir celui que vous étiez avant. Mais surtout, n’essayez pas seul ! Deux personnes peuvent vous aider, ainsi que par la suite, de nombreuses autres.

1°. Votre médecin traitant : il peut vous prescrire, à plus ou moins long terme, un médicament combattant les effets physiques du manque d’alcool. A court terme, il vous prescrira sans doute du valium ou un produit dérivé, pour surmonter l’angoisse, due aussi au manque et qui peut même être à l’origine de votre alcoolisation.
2°. Un psychothérapeute, qui vous aidera à comprendre comment et pourquoi vous êtes arrivé là, et qui pourra aussi aider vos proches à vous comprendre, à admettre votre souffrance, et à se préparer à vos (bons !) changements.
3°. Des groupes d’anciens buveurs, devenus abstinents, qui pourront partager leur vécu avec le vôtre et vous soutenir, vous aider très efficacement à ne pas rechuter. Vos proches, qui sont essentiels pour vous et qui ont parfois gardé en mémoire des souvenirs « désagréables » que votre état a effacé de votre mémoire. « Pourquoi bois tu, demanda le petit Prince ? Pour oublier, répondit l’ivrogne. Pour oublier quoi, demanda encore le Petit Prince ? Pour oublier que je bois ! » (A. de Saint Exupéry, « Le Petit Prince »).

Personnellement, je me situe au second point, celui de la Psychothérapie. Je suis apte à vous aider et à vous comprendre. « Techniquement », bien sûr, mais aussi par expérience personnelle, parce que, je n’ai pas peur de le dire : je suis moi-même passé par là. Et si je m’en suis sorti, pourquoi pas vous ?

Jean-Marie Demarque
Psychothérapeute

Publié dans Réflexions Psy

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