L'alcool, drogue culturelle.

Publié le par Jean-Marie Demarque

Feuilletant une revue d’un club automobile datant des années cinquante, je découvrais récemment avec un étonnement mi amusé, mi peplexe une publicité d’une grande marque connue d’alcool « fort » : cette publicité présentait un couple d’âge mûr, le mari un peu rougeaud et bedonnant, sortant d’un restaurant pour reprendre la route en voiture. Un personnage du style maître d’hôtel les arrêtait d’un geste autoritaire. « Stop ! » leur intimait-il du geste. Et la légende de l’image disait : « après un bon repas, ne jamais reprendre la route sans un bon (…marque de l’alcool) ! » Il est clair qu’aujourd’hui, la firme qui se risquerait à une telle publicité s’exposerait à de fameux déboires (c’est le cas de le dire !).


Mais dans ces années-là, où le trafic était moins dense qu’aujourd’hui, on se posait peu de questions, voire pas de questions du tout à propos de l’alcool au volant. Je me souviens de mes années d’enfance ou d’adolescence, où après un repas bien arrosé au restaurant, mon père reprenait la route en roulant il est vrai « prudemment » et selon lui, plus lentement et avec plus d’attention. Et puis il n’y avait pas de risque « judiciaire », ou presque, puisqu’il fallait un accident sérieux et manifester les signes d’une ivresse avancée pour que la police ou la gendarmerie procède ou fasse procéder à un contrôle… Ces années là sont loin, et le temps est sans doute assez proche de ce qu’on appelle la « tolérance zéro » en matière d’alcool au volant.


Il n’empêche que l’alcool, sous toutes ses formes, est et reste une « drogue » en vente libre, ou du moins facile à obtenir « pour pas cher », passée dans les mœurs et la culture de nos pays occidentaux.
On a fait tout un « tabac » à propos des publicités des cigarettiers, et on sait les effets secondaires induits par cette campagne anti-tabac, menée de manière parfaitement hypocrite et avec un moralisme plus qu’ambigu Ce ne sont ni les avertissements (du reste appliqués aussi à l’alcool, « à consommer avec modération »), ni les hausses de prix si énormes soient-elles qui empêcheront jamais un fumeur dépendant de le rester, pas plus qu’on ne saurait empêcher de boire quelqu’un qui est devenu dépendant de l’alcool en augmentant les prix ou en durcissant la répression.
Il serait plus intelligent, au lieu d’appliquer une répression pénale du type amendes, retrait de permis, voire privation de liberté, d’obliger ou de laisser opter les fautifs pour une cure de sevrage et un suivi psychologique qui serait profitable à tous.
Enfin presque à tous : il est évident que la vente, même réglementée suivant l’âge des consommateurs de ces deux véritables drogues que sont le tabac et l’alcool est pour chaque Etat qui l'autorise l’assurance d’une manne financière non négligeable.

De plus l’alcool fait toujours partie de notre quotidien, voire de nos traditions. Gastronomiquement parlant, on peut apprécier une bonne « trappiste » ou un bon vin, et on peut presque difficilement concevoir tel ou tel plat accompagné d’eau, qu’elle soit plate ou pétillante !

L’alcool est un produit « festif », qui participe à une bonne ambiance dans un repas entre amis, en famille. Même remarque pour les réunions un peu solennelles, quelles qu’elles soient. Il fait aussi partie des produits du terroir de certains pays ou de certaines régions…

Il participe même parfois à une identité masculine ou féminine : ainsi ces jeunes femmes aguichantes, refusant l’accès à leur fête à un acteur « sexy » parce qu’il n’apporte pas un certain apéritif, ou une publicité pour une bière devenue presque un emblème national, proclamant, beaux mâles musclés à l’appui, que « les hommes savent pourquoi » !

Même sans citer de marques, tout le monde à compris.
Beaucoup plus insidieuses sont les campagnes visant les jeunes à consommer des boissons légèrement alcoolisées (entre 3 et 5 degrés) qui ressemblent à des « soft ». Sans compter que, même si on n’a pas seize ans, on peut paraître les avoir et acheter le plus souvent sans le moindre contrôle, des « plates » d’alcool fort, que l’on mélange « en douce » au coca où à la limonade qu’on a commandé à la terrasse d’un café…


Non, l’alcool n’est pas forcément « mauvais ». Non, ce n’est pas immoral d’en boire ni de l’apprécier.
A condition de ne pas se faire prendre au piège !

Un piège d’autant plus dangereux qu’il se tend lentement et insidieusement, et qu’une fois refermés ses filets, il est d’autant plus difficile pour la victime d’en sortir que l’alcoolisme est frappé de toute une série de préjugés plus ou moins moraux qui font que la victime de cette terrible maladie a d’autant plus de mal à la combattre qu’il est montré du doigt et rejeté, au nom de la "morale" et de la "bienséance" qui dominent les principes de la société des « imbéciles heureux qui sont nés quelque part », comme le chantait si bien Brassens…

 

Jean-Marie Demarque

Psychothérapeute

Publié dans Réflexions Psy

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