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  • Jean-Marie Demarque
  • Psychanalyse Appliquée
  • Homme
  • 22/03/1956
  • psychologie dépression aromathérapie solitude psychanalyse
  • Agé de 54 ans, amoureux de la psychanalyse, convaincu de son efficacité, je suis marié et père de trois enfants :Ludivine, 24 ans, psychologue clinicienne; Marjolaine, 19 ans et Gaël, décédé en 2004, qui aurait 27 ans aujourd'hui...
Lundi 4 mai 1 04 /05 /Mai 19:05

Anxiété et dépression :

Deux comorbidités associées à l’alcoolodépendance.

 

La maladie alcoolique, ou alcoolodépendance est rarement une maladie surgissant ex nihilo ou de manière isolée : dans de très nombreux cas, elle accompagne des troubles très fréquents aujourd’hui : la dépression et l’anxiété.

Une récente étude canadienne démontre que 44% des hommes et 65 % des femmes alcoolodépendants présentent au moins un de ces troubles psychiatriques, ou un trouble plus grave tel que la schizophrénie.

La question de la psychothérapie se pose dans ce cadre en soulevant celle de la difficile mise en œuvre d’une psychothérapie qui soit à la fois centrée sur la dépendance et sur une nécessaire revalorisation narcissique du sujet, une responsabilisation et une affirmation de soi.

La dépression est, dans ce cas, sans nul doute le facteur le plus inquiétant de la triade anxiété-dépression-alcoolisation, en ce sens qu’elle est souvent à la source d’une « fuite dans l’alcool ». D’autre part, elle peut aussi être la conséquence d’une alcoolisation, voire un symptôme aggravant.

Attention toutefois de ne pas confondre les termes de prévalence et de préexistence !

  • La dépression préexistante, serait celle qui « pousse à boire » et serait de l’ordre de 18 % de l’ensemble des dépressions, avec une prédominance féminine. (on peut parler aussi de dépression primaire ou de dépression secondaire).
  • La prévalence désigne la part de la maladie qui prévaut sur une autre.

Ainsi, la prévalence de la dépression atteindrait, d’après une autre étude de 1997 (Schuckit & al.) le taux impressionnant de 80% ! Davidson en 1995 l’a évaluée à l’aide d’un entretien semi-structuré : le Schedule for Affective Disorders and Schizophrenia (SADS) chez 82 % des alcoolodépendants.

Les dépressions dominées par l’alcoolisme et ses symptômes seraient donc (seulement) de l’ordre de 20%, et sont décrites par le DSM IV tr, comme étant des « troubles de l’humeur induits par la consommation d’alcool ».

Une étude, menée par Helzer & al. En 1991 a démontré que l’alcoolisme précède la dépression chez 78% des hommes, et, a contrario,  que la dépression précède l’alcoolisme chez 66% des femmes.

A long terme, l’évolution sur cinq ans de 127 patients alcooliques et déprimés, dans une étude de Hasin & al. En 1996, donne ces chiffres évocateurs, qui soulignent fort bien l’intrication des deux troubles :

  • 21 patients sans rechute alcoolique ou dépressive.
  • 84 patients présentant une rechute alcoolique et dépressive.
  • 10 patients abstinents sont restés déprimés.
  • 12 patients avec rechute alcoolique , voyant cependant leur état dépressif s’améliorer.

 

Le risque suicidaire, très présent dans toute dépression nerveuse, se trouve considérablement accru en cas d’alcoolodépendance. L’abus d’alcool multiplierait par 8 le risque suicidaire ! Mais il convient de noter aussi que l’abus d’alcool débouche plus sur des tentatives de suicides que sur des suicides accomplis. (Abus d’alcool relevé dans un tiers des TS et seulement dans un dixième des suicides accomplis.)

 

Les antidépresseurs sont-ils indiqués et si oui, lesquels ?

 

Les critères de prescription sont les mêmes que pour tous les déprimés et reposent essentiellement sur l’efficacité et la tolérance du produit.

Les antidépresseurs sérotoninergiques sont le plus souvent utilisés, d’une part parce qu’ils ont déjà fait largement leurs preuves chez les alcoolodépendants dépressifs, et d’autre part parce qu’il n’induisent que peu de risque d’interaction avec la prise d’alcool, par exemple lors d’une toujours possible rechute.

Les antidépresseurs tricycliques ne sont pas recommandés, surtout parce qu’ils peuvent avoir un impact sur le cœur et le foie, déjà malmenés, voire abîmés par l’abus d’alcool.

 

La question de l’anxiété :

 

L’anxiété secondaire à l’alcoolisme est classée dans le DSMIVtr sous la rubrique « troubles anxieux induits par une substance ».

Ces troubles anxieux continuent très souvent d’apparaître chez l’alcoolique sevré, contrairement à la dépression. Ils ont rarement la prévalence, mais sont d’autre part très souvent « primaires » en ce sens qu’ils induisent l’alcoolisation.

L’alcool a en effet un effet anxiolytique certain, et nombre de phobiques y ont recours pour surmonter leurs peurs.

Selon Thomas & al. (1999), les alcoolismes associés à une phobie sociale sont plus sévères et les patients y montrent des taux de dépendance nettement plus élevés, d’autant qu’ils consomment très souvent de l’alcool pour « améliorer » leur fonctionnement social.

Ici, les benzodiazépines sont efficaces, même si la question de la dépendance qu’elles peuvent engendrer fait toujours polémique.

 

Dans tous les cas, ces traitements médicaux devront être appuyés par une psychothérapie adéquate. En cette matière, la psychothérapie d’inspiration psychanalytique est l’une des plus indiquées, surtout dans le cas de l’anxiété en général. Dans le cas plus spécifique des phobies sociales, les TCC (thérapies comportementales et cognitives) ont plus de chance d’aboutir plus vite à un résultat probant, en exposant petit à petit le patient à ses situations phobogènes.

 

Dans tous les cas, un traitement efficace de l’alcoolodépendance, maladie qui présente fréquemment des comorbidités anxieuses ou dépressives devra être l’objet d’une psychothérapie associée à un suivi médical. L’oublier serait faire fi de grandes souffrances humaines et ouvrir plus largement la porte au problème suicidaire, déjà si prégnant dans notre société moderne.

 

J’ajouterai volontiers que ce traitement « en tandem » devrait toujours pouvoir générer une collaboration entre médecin traitant et psychothérapeute, ainsi qu’une collaboration des deux avec la famille proche du malade alcoolodépendant. Dans ce cadre, comme dans celui de nombreuses autres addictions, la famille proche est trop impliquée pour qu’on la laisse seule devant ses questions et ses angoisses. Elle est aussi, par sa proximité permanente et affective avec le malade, un lien précieux entre ses derniers et ses thérapeutes.

 

Jean-Marie Demarque

Psychothérapeute – analyste


Source : « Alcoolisme, anxiété et dépression », article de Michel LEJOYEUX et Hélène CARDOT, in « Santé mentale au Québec, Vol. 26, N° 2, 2001, pp 47-61.

Bibliographie :

ADÈS, J., LEJOYEUX, M., 1996, Conduites alcooliques : aspects cliniques, Encyclopédie

médico-chirurgicale, 37-398, A- 40.

ADÈS, J., LEJOYEUX, M., 1997, Dépression et alcoolisme, in Adès, J., et Lejoyeux, M., éds., Alcoolisme et psychiatrie, éditions Masson, Collection Médecine et Psychothérapie, 81-102.

AMERICAN PSYCHIATRIC ASSOCIATION, 1996, - DSM – IV, Manuel diagnostique

et statistique des troubles mentaux, 4e édition (Version internationale,Washington DC, 1995), Traduction française par J.-D. Guelfi et al., Masson, Pa ris, 1056 pages.

CARDOT, H., LEJOYEUX, M., ADÈS, J., 1997, Anxiété et alcoolisme, in Adès, J.,et Le joyeux, M., éds., Alcoolisme et psychiatrie, Éditions Masson, Collection Médecine et Psychothérapie, 103-122.

ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ, 1993, Classification internationale des maladies, Dixième édition, Chapitre V, Troubles mentaux et troubles du comportement, Éditions Masson.

Par Jean-Marie Demarque - Publié dans : Réflexions Psy - Communauté : stop abus et violences
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