Apprendre à respirer...

Publié le par Jean-Marie Demarque

S’il est une fonction vitale que nous négligeons et qui, du reste est particulièrement malmenée chez l’homme moderne contraint à vivre dans une atmosphère dégradée, c’est bien notre respiration. Et même ceux qui devraient pouvoir nous apprendre à mieux la gérer et l’utiliser sont, généralement dans un faux soigneusement mis en place et solidement enraciné par des décennies d’idées reçues en la matière.

 

Pour tenter d’y voir plus clair, commençons par poser les données du problèmes avec quelques chiffres simples et élémentaires :

 

La capacité respiratoire moyenne de l’être humain adulte est d’environ cinq litres. Le volume résiduel d’air dans les poumons d’un cadavre étant d’approximativement un litre et demi, on peut déduire que nous utilisons pratiquement plus ou moins trois litres et demi de cette capacité.

 

A dire vrai, si c’était le cas, nous irions beaucoup mieux. Hélas, la réalité est pour nous occidentaux en tous cas, très différente puisqu’il est avéré que, pour la plupart, nous n’utilisons que le dixième de notre capacité respiratoire totale, soit à peine un demi-litre ! Pour pallier à cela, nos professeurs d’éducation physique nous enseignent, dès notre plus jeune âge, à développer notre respiration thoracique… au risque de faire de nous des adultes rigides et quelque peu engoncés !

 

 

Un premier risque aux conséquences désastreuses :

 

Lorsque, pour une raison quelconque, lors d’un effort physique inhabituel, notre organisme se trouve sollicité plus que la normale, il lui faut de l’oxygène en plus grande quantité. Et pour le lui fournir, nous allons avoir la fâcheuse tendance de respirer par la bouche. Un réflexe qui, s’il devient permanent, est pathologique et générateur de multiples problèmes infectieux, lesquels peuvent avoir, à terme, des conséquences graves, sinon funestes. L’air inspiré par la bouche n’est plus filtré par les vibrisses nasales, il n’est plus thermo régulé par la surface importante des cornets nasaux, et le mucus nasal ne peut plus « piéger » les particules de poussières qui auraient échappé au filtrage des vibrisses. C’est un peu comme si nous ôtions le filtre à air d’un moteur à explosion : celui-ci s’userait prématurément.

Les conséquences d’une mauvaise respiration, hormis ce risque infectieux, sont multiples et inquiétantes :

 

· Diminution de l’apport en oxygène, et donc diminution de notre capacité de concentration et de notre mémoire.

 

· Diminution des capacités et aptitudes générales du cerveau et de l’utilisation des neurones.

 

· Baisse de la résistance générale.

 

· Sensibilité accrue aux refroidissements et aux troubles fonctionnels.

Mais ce n’est pas tout !

 

Le bulbe olfactif est l’organe de notre système nerveux central qui est le plus proche d’une communication avec l’extérieur : il n’en est séparé que par la muqueuse de la voûte nasale et par la fine lame osseuse percée de trou de l’ethmoïde, ainsi que par les méninges… Ajoutons à ceci qu’un réseau nerveux des plus importants court directement sous les muqueuses nasales. (Notamment le trijumeau et le cinquième nerf crânien.)

 

Cette innervation des muqueuses nasales joue un rôle primordial dans la genèse de toute une série de réflexes essentiels au niveau du cerveau et du corps en général. Le trijumeau est centralisé dans le ganglion de Gasser et est en relation directe avec ce dernier et les onze paires d’autres nerfs crâniens ! Parmi eux, le nerf pneumogastrique, qui joue un rôle majeur dans toutes les fonctions abdominales digestives.

 

Autant d’éléments et de renseignements anatomiques qui pointent du doigt l’importance d’une bonne respiration pour l’équilibre général, éléments qui, de plus en plus nous paraissent familiers, tant les sciences médicales ont aujourd’hui tendances à se vulgariser. Et c’est heureux ! Mais ces dernières ne sont pas tout, pas plus qu’elles ne sont d’ailleurs ni exactes ni absolues, n’en déplaise à certains qui voudraient parfois s’en réserver l’exclusivité !

 

D’autres visions de l’homme, plus « holistiques » ont cours dans d’autres modes de pensée, en des terroirs qui ont, différemment sans doute, mais tout aussi certainement qu’en Occident, fait leurs preuves dans le domaine médical. Je pense ici au savoir important recensé dans l’Ayurveda, la médecine indienne, et à cette notion curieuse mais probante de l’existence du « Prâna ».

 

 

Qu’est-ce que le « Prâna » ?

 

 

 

C’est, en quelque sorte, l’énergie vitale. Comme tel, c’est un principe abstrait, présent dans l’air que nous respirons et dans la nourriture que nous ingérons. Or, le « Prâna » de l’air ne peut, selon les préceptes de l’Ayurveda, ne peut pénétrer le corps qu’en passant par le nez. Ce n’est pas si abstrait que cela en a l’air, et c’est, de plus, facilement démontrable et vérifiable. Promenez-vous, après une pluie de printemps, dans un bois. Respirant à plein nez, nous ressentirons une impression de bien-être, de sérénité, de plénitude ou d’apaisement. Si, pour en profiter plus, nous nous mettons à inspirer par la bouche, plus rien ne se passe sur ce plan : l’olfaction ayant disparu, les sentiments forts et agréables que nous éprouvions se sont, eux aussi, envolés !

 

Il y a donc bien quelque chose de « fort » qui se passe par le truchement de la respiration nasale. Du reste, nous avons toutes et tous fait l’expérience du simple rhume qui nous trouve rapidement abattus et sans entrain, par le fait de nos narines bouchées ! Et nous savons aussi que cet abattement est la porte ouverte à une foule de manifestations psychosomatiques : fatigue, perte de concentration, lassitude, déprime…

 

Sans entrer dans d’autres considérations pus complexes ou plus techniques, on peut facilement déduire de tous ces éléments que notre mode respiratoire habituel d’Occidentaux est une véritable catastrophe pour notre évolution psychosomatique. Une mauvaise respiration, ou une respiration insuffisante sont à la source de bien des maux, parfois très graves, tant sur le plan de notre santé physique que sur celui de notre santé mentale. Les deux sont inéluctablement liés et leur équilibre est tributaire autant de notre respiration que de notre alimentation, vectrices inconditionnelles de la circulation du « Prâna » en nous.

 

 

Nos trois étages respiratoires :

 

 

 

Notre respiration est structurée en trois zones :

 

· La zone « basse », diaphragmatique.

 

· La zone « moyenne », thoracique.

 

· La zone « haute », scapulaire.

 

La femme utilise l’étage supérieur le jour, et le moyen la nuit. L’homme, lui, respire presque exclusivement par l’étage moyen. Dans les deux cas, l’étage inférieur, diaphragmatique, est le plus souvent négligé. Or, c’est à bien des égards l’étage le plus important !

 

Par son action, le diaphragme, en s’élevant et en s’abaissant, effectue un massage constant des viscères : intestins, foie, pancréas, rate, reins et, chez la femme, organes génitaux internes. Ce faisant, il contribue à leur bon fonctionnement.

 

Une respiration abdominale contribuera à éviter toutes sortes de désagréments tels que la constipation chronique de laquelle résulte une auto-intoxication de l’organisme qui vient s’ajouter à une mauvaise oxygénation de ce dernier. Il nous faut donc apprendre à respirer par le ventre !

 

Evidemment, ceci va à l’encontre à la fois des préceptes hygiénistes habituels qui nous incitent à « bomber le torse », et des « canons » esthétiques modernes qui voudraient à tout prix voir s’effacer notre ventre.

 

Un tribut qui est lourd à payer, en particulier pour les femmes : s’essayant par tous les moyens de faire disparaître leurs rondeurs abdominales, elles favorisent sans le savoir ni le vouloir l’apparition de maux tels que les troubles abdominaux chroniques, les stases veineuses, les troubles circulatoires (varices !), les règles douloureuses, etc… Pis encore, le port d’un soutien-gorge entrave la respiration thoracique le jour, ce qui ne leur laisse plus guère que le troisième étage, celui de la respiration scapulaire !

Enfin, un domaine à ne pas négliger est celui des vêtements.

 

Un sixième de notre respiration s’effectue par la peau. On comprendra d’emblée que le port de vêtement serrés, taillés dans des matières synthétiques comme le polyester ou le nylon constitue une entrave supplémentaire à une bonne oxygénation de notre organisme.

 

Sans compter que toutes ces entraves, volontaires ou non (sacrifice aux canons de la mode, respiration inappropriée, mauvaise oxygénation générale) constituent souvent autant de facteurs de stress supplémentaires, entretenant le cercle vicieux au sein duquel l’humain occidental moderne se trouve prisonnier.

 

Si nous voulons vraiment nous libérer et nous sentir mieux dans notre corps, nous devons absolument nous affranchir des dictats de la mode et des idées reçues pour réapprendre à respirer et redécouvrir un mode de vie qui soit, dans tous les domaines, équilibré. Ce faisant, nous accumulerons l’énergie vitale et deviendrons vite plus résistants aux infections et maladies, en même temps que notre santé mentale connaîtra une significative amélioration.

 

Il existe aujourd’hui une profusion d’ouvrages traitant des différentes méthodes de relaxation qui s’offrent à nous et qui, pour la plupart, font avant tout appel à une meilleure gestion de la respiration, passant par une ventilation abdominale. Ce serait vraiment passer à côté d’un trésor de vie que de se priver de leur enseignement qui a en outre, le mérite immense d’être écologique et…économique : pas d’investissement nécessaire dans un matériel sophistiqué ou coûteux . La nature nous a à cet effet doté de la plus haute technologie qui soit : celle qui régit le fonctionnement de notre corps et de notre mental ! Apprenons à utiliser les énormes capacités de cette merveilleuse machine que nous sommes !

 

Jean-Marie Demarque

 

Psychothérapeute-Analyste

 

 

Publié dans SANTE ET NATURE

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