Coup de gueule...

Publié le par Jean-Marie Demarque

Pas très bien dormi cette nuit. Beaucoup de pensées, d’idées qui défilent dans ma tête, à propos de ma quête (tiens, y aurait-il du « Don Quichotte » là-dessous ?), de réflexions en cours, de questions d’analyse personnelle. De contradictions rencontrées aussi.De sujets de colère aussi !

Ainsi, j’ai pu constater cette semaine passée encore, qu’il y avait deux mots qu’il fallait éviter d’associer sur Facebook si l’on ne voulait pas se voir immédiatement devenir la cible de tirs souvent très nourris : autisme et psychanalyse.

A cette association, certains réagissent au quart de tour, toutes griffes dehors, chargeant la psychanalyse de tous les défauts, voire de toutes les perversions possible. Et j’ai remarqué que, moins ces personnes en savaient sur ce qu’est vraiment la psychanalyse, plus elles étaient agressives à son égard.

Si on leur demandait, à ces personnes, de définir exactement en quoi consiste la psychanalyse, elles seraient, pour la plupart, bien en peine de le faire. Ce qui me fait conclure à leur sujet qu’elles sont manipulées et donc pas vraiment responsables de leurs assertions. Ce qui me laisse croire aussi (mais je suis peut-être un incorrigible naïf, et plusieurs de mes amis me le rappelleront sans doute) qu’elles puissent éventuellement, sinon changer d’avis, du moins modérer leurs propos si on leur explique certaines données du problème.

Et tout d’abord à propos de la manipulation dont, à leur insu, elles sont victimes. Manipulation avérée, financièrement attestée, relevant d’une volonté réelle de contrôler le secteur de la santé mentale dans son ensemble, orchestrée par l’ensemble des tenants de la nouvelle « Bible » que se veut être le DSM et que ses disciples utilisent avec autant d’ardeur guerrière que des fondamentalistes religieux, classant, étiquetant, évaluant leurs victimes, les emprisonnant dans des catégories prédéfinies, souvent à vie. Vie qui se trouve encore précarisée par l’abondance des médicaments, hosties consacrées de ces messes officialisées hélas par certains politiques…

Dans une colère contenue, je tentais dernièrement d’expliquer à certains le non fondé de leurs attaques masquant à peine une véritable haine sous-jacente : J’ai perdu un fils par la faute d’un médecin. Est-ce pour autant que je me mette à jeter le haro sur la médecine ?

Que des psychanalystes aient commis des erreurs ou des fautes, qu’ils aient, par leurs propos où leurs actes causé des chagrins, favorisé des dérives, je veux bien l’admettre et je le regrette sincèrement. Mais est-ce la une raison suffisante pour en avoir à la psychanalyse et la décréter mauvaise ou dangereuse ? N’est-ce pas plutôt là la manifestation d’une ignorance entretenue par d’autres instances ? Curieusement d’ailleurs, des noms reviennent qui, s’ils sont connus pour s’être parfois fourvoyés, y compris par les psychanalystes eux-mêmes n’en ont pas moins apporté les bases et les fondements de certaines thérapies qui se voudraient aujourd’hui dominante. D’autres noms, par contre ne sont jamais cités alors que tout le monde, dans ce domaine, gagnerait à lire leurs écrits. Je pense à Frances Tustin, par exemple pour la question de l’autisme. Pour le domaine plus général de la psychanalyse, je pense à Liliane Fainsilber, dont je suis en train de lire avec beaucoup de plaisir « Le Livre Bleu d’une Psychanalyste », qui explique en terme vivants et clairs, et parfois avec un humour qui me réjouit, en quoi consiste cette « science humaine » qui ne saurait donc, pas plus que la médecine, être exacte !

On reproche couramment au psychanalyste d’être une sorte de gourou, manipulant ses analysants, les asservissant, les dominant, alors qu’il n’est, dans le meilleur des cas qu’un « supposé savoir » ayant sans cesse à se remettre en question, incapable de pouvoir transmettre une psychanalyse qui est sans cesse à réinventer avec chaque analysant, conférant à ce dernier un statut de particularité et d’unicité absolue. Pas question donc pour la psychanalyse de classer, d’étiqueter, ni d’évaluer !

Mais c’est sans doute là que le bât blesse : des individus sont infiniment moins dirigeables que ne l’est un troupeau, surtout lorsqu’il est constitué de moutons bêlants qui croient intelligent de hurler avec les loups, oubliant hélas que ces derniers n’ont d’autres buts que de les dévorer !

Or, jamais un analysé ne se joindra au troupeau ! Si la psychanalyse n’avait que cette qualité à conférer, ce serait largement suffisant pour la justifier.

Mais il y a plus, pour moi directement constatable : personnellement la psychanalyse a changé ma vie. Mieux : elle m’a fait non pas renaître mais naître, ce qui est infiniment plus fort. Et pour couper court à certaines objections que je vois se profiler, je dirais non pas à la façon d’une religion qu’elle ne saurait être de par sa qualité individualisante. A moins bien sûr qu’on accepte de reconsidérer le concept de religion, le débarrassant de toute dogmatique pour en faire un concept personnel, propre à chaque individu !

Bon, c’est très joli tout ça, me direz-vous peut-être. Mais vis-à-vis de certaines spécificités comme l’autisme, qui en est une à facettes multiples, que peut bien apporter la psychanalyse ? Déjà comment pourrait-elle agir, elle qui fait large place au langage, au parlé, dans un contexte où justement ce langage est déficient ?

La remarque est pertinente. Mais, sans vouloir faire de jeux de mots, à l’analyse, elle ne tient pas !

Je ne suis pas du tout un spécialiste de l’autisme. D’ailleurs, un psychanalyste n’est pas non plus, au sens commun un « spécialiste » puisqu’il ne pratique pas une spécialité qui serait applicable de manière uniforme et balisée. Simplement j’ai eu la grande chance, il y a un peu moins de dix mois, de voir ma vie croiser celle d’une merveilleuse petite fille, atteinte du syndrome de Rett et qui, effectivement, outre le fait qu’elle présentait nombres de troubles relationnels de la sphère autistique, ne parlait pas. Psychanalyste débutant (je me demande dans quelle mesure on n’est d'ailleurs pas toujours « débutant », dans ce domaine où tout est toujours à repenser !) ce n’est pas en cette qualité que je l’ai rencontrée. Simplement j’avais répondu avec mon cœur (Eh, oui, un psychanalyste a aussi un cœur!- Dans le cas contraire je ne vois d’ailleurs pas comment il pourrait exercer dans un domaine où l’amour, même et surtout transférentiel est primordial-) à une demande de ses parents, qui recrutaient des bénévoles pour participer à une « méthode » dont j’ignorais alors absolument tout, et sur laquelle je reviendrai d’ailleurs. Evidemment, outre le regard du cœur, j’ai vite eu aussi à l’égard de cette petite fille un « retour » de mon regard « professionnel ».

J’ai pu mesurer très vite à quel point cette enfant était intelligente et comprenait de manière extraordinaire tout ce qui se disait autour d’elle. J’ai aussi pu constater son sens de l’observation, sa capacité énorme d’attention, même si elle semble s’exercer « à la dérobée ». Celle que je surnomme « la Petite Fée », d’un seul regard est capable de retenir une foule de choses, de gestes qui pour la plupart nous échapperaient.

Très vite aussi, malgré une initiale absence de mots qui aujourd’hui est en train de faire place à un vocabulaire sans cesse plus étoffé et à de véritables phrases, un véritable dialogue s’est installé entre nous. Et j’ai pu apprendre à décrypter ce qu’elle exprimait, me rendant parfois compte qu’il s’agissait d’une véritable logorrhée, le débordement incessant d’une foule de choses contenues en elle et qu’elle cherchait à exprimer.

Je me suis mis alors à essayer de décrypter les mécanismes de ses peurs, de ses angoisses, de ses colères. De ses joies aussi. Je suis loin d’avoir tout compris, mais elle progresse. Lentement mais sûrement. Et remarquez bien que je ne dis pas « je progresse ». Petit à petit, la petite fille devient sujet de son existence, prenant d’ailleurs de plus en plus conscience de sa corporalité. Autant de points qui sont de la psychanalyse, bien éloignés des séances de torture pointées du doigt ! Des points auquels j'ajoute volontiers ce courant étrange et indicible qui circule entre elle et moi, elle qui m'apporte tellement de bonheur, courant que l'on peut appeler "transfert" et sans lequel il n'est pas de psychanalyse qui tienne!

Personnellement, je la suis durant deux séances d’une heure et demie par semaine, plus une séance d’hippothérapie sous la responsabilité d’une psychologue clinicienne (qui se trouve être ma fille). Une goutte d’eau dans un océan quand on sait que la « méthode » dont j’ai parlé fonctionne avec cinq journées de huit heures de séances par semaine, soit quarante heures assurées par une quinzaine de bénévole se relayant. (A propos, et tant pis si je me répète : on demande des volontaires et tout le monde est bienvenu !) Une méthode placée globalement sous la supervision d’une psychologue cognitivo-comportementaliste !

Psychanalyse et TCC ! L’eau et le feu ?

Et bien, non, pas du tout ! Pas du tout à condition que chacun y mette le meilleur de ce qu’il a, avec un soupçon de bonne volonté. Une recette qui donne des résultats excellents et qui démontre à quel point des préjugés, basés sur des informations fausses ou partielles peuvent être nocifs et finalement vecteurs d’échecs, toujours regrettables !

Je constate d’ailleurs avec plaisir nombre de points communs entre cette méthode et certaines lignes de force de la psychanalyse. Je n’en citerai que deux, qui pour moi sont essentielles : le temps, et le respect de la personne dans sa manière propre de fonctionner et de progresser. Sans forcing, avec beaucoup de patience, d’attention et…de satisfactions partagées !

Voilà. Il s’agit peut-être me direz-vous, d’un « cas particulier ». C’est possible. Mais certainement pas plus particulier que ne le sont les dérives dénoncées, pour lesquelles il serait d’ailleurs facile de « renvoyer l’ascenseur ». Mais je ne pense pas que cette manière d'agir soit intelligente, ni surtout qu’elle puisse profiter à qui que ce soit, et évidemment pas hélas aux enfants ou aux adultes qui en ont le plus besoin.

J’espère au moins vous avoir donné matière à réfléchir, sinon à construire…

Jean-Marie Demarque

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