Actes obsédants et Exercices religieux... au Nom-du-Père !

Publié le par Jean-Marie Demarque

La première partie de ce titre fait référence à un article de Sigmund Freud, paru en 1907, et traduit en français par Marie Bonaparte en 1932, avec l’accord de son auteur…

Un article qui forcément date un peu, mais qui, à bien le lire, n’a rien perdu ni de sa vigueur ni de son réalisme !

 

Freud, on le sait, était Juif, et bien que né au sein d’une famille croyante, s’il n’a jamais renié sa judéité a su prendre ses distances avec le judaïsme, j’entends par là la religion juive. Il préfigurait ainsi la grande part des Juifs non pratiquants que compte aujourd’hui le monde, et, curieusement peut-être, particulièrement en Israël.

 

Mais ce constat n’est pas exclusif : il s’étend, surtout dans notre monde occidental moderne, au Christianisme qui fut durant des siècles la norme obligée de la survie au sein d’une société totalement sous la dépendance, voire l’asservissement, de Rome, jusqu’à ce que d’aucuns se crurent autorisés à y mettre un peu d’ordre. Ils se nommaient, entre autres, Erasme et Luther. Et les remises en cause de ces deux là allaient, au fil des ans, donner naissance à d’autres mises en questions qui déboucheraient, in fine, sur la libre pensée et la laïcité, impensables pourtant à l’époque de ceux que l’histoire a nommé les Réformateurs, et ce même si l'époque de la Renaissance l'avaient laissé pressentir.

 

De nos jours, et ce n’est un secret pour personne sauf pour les hypocrites, les « Eglises » classiques, quelles que soient leurs étiquettes, sont en perte de vitesse. Les fidèles s’y font de moins en moins nombreux aux offices du dimanche, sauf peut-être dans de nouvelles « versions » plus ou moins sectarisantes d’un christianisme nouveau qui n’hésite pas à utiliser du miraculeux et du sensationnel pour répondre à une soif atavique de ses adeptes.

 

Aujourd’hui, mes changements radicaux d’orientation, initiés il y a deux ans, et ma situation théologiquement sciemment et volontairement marginalisée me pousse à quelques réflexions à ce sujet, réflexions qui rejoignent l’essence de l’article de Freud choisi pour titre.

 

Le génial inventeur de la psychanalyse –même si lui-même se défend de ce titre- voit dans l’acte religieux, sa répétition rituelle, la culpabilité qu’il sous-tend et les aspirations qui le guident de curieuses similitudes avec certaines formes obsessionnelles de la névrose.

 

Je pense qu’il n’a de toute évidence pas tort et qu’il serait intéressant et profitable d’en mesurer certains effets, plus pernicieux, voire pervers qu'on imagine.

En tout cas, je ne regrette nullement mon changement de voie, même au su des contrariétés qu’il suscite forcément : jamais je ne me suis senti aussi libre ni aussi « bien dans ma peau », pour employer une terminologie banale et courante qui a en tout cas le mérite de rendre parfaitement mon état d’esprit. Je pourrais tout aussi bien le résumer en un mot : sérénité.

 

Un état devenu presque permanent et qui a curieusement remplacé l’anxiété qui jusqu’il y a deux ans était mon lot quotidien…

Pourquoi ? Comment ? Je crains de n’avoir pas vraiment de réponse exacte.

 

Certainement pas « LA » réponse. Je dirais et je crois sincèrement que quelque chose en moi a cassé. Et c’est au départ de cette cassure qu’est venue s’installer cette sérénité qui m’est devenue familière, ce besoin d’écoute attentive aussi, et cette joie indicible qui est mienne jour après jour dans l’exercice de cette voie que j’ai choisie et qui me semble avoir toujours été la mienne, même et y compris lorsque je me cherchais en empruntant bien des allées de traverse !

 

Enfant, j’étais « tombé dans la marmite » d’un catholicisme traditionnel et pratiquant, au creuset duquel on m’a inculqué certains traits qui ont marqué mon psychisme au fer rouge. Très tôt, j’ai été confronté à l’idée du péché, véniel et surtout mortel, à l’obligation de la confession et à la crainte de la damnation en cas de communion hors d’un état dit de grâce. Je passe sur des détails tels que ces terribles paroles de ma mère m’imputant la responsabilité de la mort de mon grand père maternel que j’adorais à mon refus d’avoir prié pour sa guérison. J’avais six ans et je n’ai toujours pas oublié, 48 ans plus tard !

 

Première fêlure, voire cassure ou brèche douloureuse dans mon âme d’enfant, par laquelle s’engouffrait le venin corrosif de la culpabilité et du remord…

 

Puis j’ai vécu, jusqu’à mon entrée dans le conventionnel de l’âge adulte, une vie de « chrétien sociologique », obsédé par l’idée de la damnation, que je croyais certaine et, dans mon cas surtout, inévitable. On imagine sans peine les dégâts qu’un tel état d’esprit peut engendrer sur un psychisme déjà fragilisé comme l’était le mien à cette époque !

Plus tard, bien plus tard allait se produire une autre cassure, plus nette et profonde. Elle viendrait, presque insidieusement, de deux lectures qui allaient me faire accéder à une certitude de l’existence « Autre », celle d’une force vitale régissant l’univers, inexplicable et innommable mais bien réelle, loin de tout « enfermement » religieux, quel qu’il soit, loin aussi de tout « magisme » ou de toute superstition, deux traits hélas inhérents à toutes les religions, même chez celles qui sont les premières à s’en défendre !

 

Ces lectures, c’étaient « Patience dans l’Azur » et « Poussières d’Etoiles », de Hubert Reeves, un astrophysicien agnostique ! En parallèle, c’est à cette époque aussi que je lisais un autre livre, une biographie fort bien documentée, intitulée « Martin Luther, la Vie, oui, la Vie » de Michèle Montiel. J’y découvrais un homme qui, torturé durant toute sa jeunesse par l’idée de la damnation faisait la découverte subite d’un Salut universel, offert gracieusement par la foi.

 

Ce furent pour moi un choc et une découverte qui, petit à petit me firent prendre le cap du protestantisme et entreprendre, tardivement, une Licence en Théologie. Avec passion et avec fruit, avec surtout la découverte d’un goût certain de l’étude de l’humain et de sa pensée, de ses questionnements, de ses doutes, de ses angoisses, de ses joies, de ses idéaux, de ses souffrances...

 

Un choc qui devait assez rapidement être suivi d’un autre, s’apparentant à un atterrissage en catastrophe, non sans dégâts…

Le choc de la confrontation aux réalités, un choc qui fait d’autant plus mal lorsque comme c’était mon cas on a idéalisé le cadre de son existence : Le protestantisme « paroissial » auquel je me trouvais, bien plus que confronté, affronté s’avérait très différent de l’idéal que je m’en étais fait et son étroitesse de vues n’avait, bien souvent rien à envier à celle à laquelle, enfant et adolescent j’avais été confronté dans ce catholicisme originel auquel j’avais décidé de tourner le dos.

 

Pis : il était le plus souvent le lieu putride d’une réaction viscérale contre les idées reçues de ce dernier et se fondait tout autant sur des idées reçues, des superstitions, des intolérances ou des dogmatismes aberrants !

Tout ceci était très éloigné de l’esprit reçu lors de ma formation universitaire où j’avais cru entrevoir un protestantisme ouvert et progressiste, n’hésitant pas à se remettre en question !

 

Aujourd’hui, et depuis deux ans surtout, bien des choses ont changé, en ce compris ma façon d’appréhender la vie et le sens de la mienne au sein d’un Univers dans lequel est s’insère à sa juste place, bien plus que de s’y fondre.

Je crois, et très profondément en la Vie, je crois en une force qui la régit et lui confère un sens, et je crois que de simples hommes comme Jésus de Nazareth, Mahomet ou le Bouddha sont des maîtres à penser dignes de respect et d’adhérence. Mais je suis libéré, et depuis très longtemps, des idées dogmatiques de divinité du Christ, de conception virginale , de salut du monde ou de résurrection que du reste on retrouve peu ou prou dans d’autres croyances religions beaucoup plus anciennes, dans l’Egypte antique notamment !

 

Dites-moi ce qui est le plus absurde : croire au Père Noël ou croire en la résurrection de Jésus ?

 

« Credo quia absurdum ! » Jolie formule sans doute, mais qui n’est que manière de voiler une gênante absence de certitude et fait courir à quiconque la choisit comme leitmotiv le risque de s’aliéner, se « lier » à une religion qui de toutes a certainement été parmi les moins ouvertes, les plus intolérantes, les plus grandes vectrices d’idées criminelles, les récents délires de son « Pape » n’étant pas des moindres ! Un risque lui-même absurde et d’autant plus pervers que j’ose croire qu’un homme comme Jésus de Nazareth, qui n’est nullement le fondateur de l’Eglise comme aimeraient tant le faire croire ses membres, toutes confessions confondues, doit se retourner dans sa tombe au vu des excès commis en son nom et de l’immense foule de névrosés et de souffrances qu’elle a généré au fil des siècles !

 

Un risque que j’ai moi-même encouru et un état que j’ai subi durant près de vingt ans de ma vie, jusqu’à ce que surgisse la troisième fracture, celle qui, au-delà des douleurs qu’elle a pu susciter m’a enfin permis de sortir de cette carapace formée des couches conventionnelles que j’avais moi-même ajoutées au treillis initial de mon éducation ! Une carapace qui me maintenait prisonnier d’un enfer, le seul réel qui soit et qui est celui que nous entretenons nous-mêmes bien souvent à notre corps défendant. Car si nous nous y complaisons, force nous est de constater que c’est au détriment de notre inconscient qui lui, s’en défend de toutes ses forces, qui peuvent être redoutablement puissantes !

 

La grande fracture allait survenir il y a six ans : sur une semaine de temps, je perdais brutalement mon fils de 20 ans, puis mon père.

 

Moments de détresse indicibles, à la douleur desquels venait se greffer à vif un effroyable sentiment de finitude et d’absurdité : je me voyais littéralement comme un tronc abattu, privé de ses branches et de ses racines. Moments suivis de quatre années particulièrement chaotiques d’errances existentielles et de déni.

 

Perte des racines par la mort de mon père, et perte des branches par celle de mon fils, seul porteur et transmetteur après moi du « nom du Père » !

 

Cette perte, cette rupture avec le « nom du Père » allait pour moi s’avérer primordiale dans la mesure où elle vient, aujourd’hui, éclairer mon chemin et relancer un moteur important de ma propre analyse. Ce sont des partages épistolaires avec une collègue qui m’ont, très récemment ouvert la voie. Sans doute, lisant ceci se reconnaîtra-t-elle : qu’elle trouve ici l’expression de ma plus profonde gratitude, et de ma sincère amitié !

 

Je l’ai brièvement évoqué plus haut, et je précise maintenant ma pensée : je me sens aujourd’hui « bien dans ma peau » et incroyablement serein, parce que pour la première fois dans mon existence je suis enfin moi-même, je suis ce que je sentais devoir être pour être en harmonie, parce que j’ai cessé d’être un « porte étiquette » n’offrant au regard l’autre que ce « nom du Père » qui sous tendait mon existence. Tout, dans ma vie, découlait de l’héritage de ce « nom » qui, jusque dans les plus profondes des fibres de mon être, m’empêchait de me réaliser, d’être moi, tout simplement.

 

Curieusement (mais le mot est à la fois faible et inadéquat !) j’ai l’impression subite d’avoir enfin découvert le trousseau des clés qui ouvrent toutes les portes de mes questions existentielles. L’impression de naître à moi-même !

Il me faudra sans doute encore bien du temps pour apprendre à les mettre en rapport avec les serrures adéquates, mais c’est en raison même de cette perspective que vient s’ajouter à ma sérénité une indicible joie jubilatoire. Les mots sont faibles pour dire ce que je ressens aujourd’hui, et vouloir rendre avec eux ce sentiment serait à coup sûr le trahir. Une chose est sûre et certaine : ce que j’éprouve aujourd’hui, au fil de ce cheminement qui désormais m’accompagnera quelque soit la durée de mes jours, c’est à la psychanalyse que je le dois, et à elle seule !

 

Jean-Marie Demarque

Psychothérapeute-Analyste

Publié dans Réflexions Psy

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Commenter cet article

Jean-Marie Demarque 19/05/2010 20:01


Merci Dimitri ! Croire au Père Noël... On y croit tous un peu à notre manière, non ? C'est le nom que nous mettons (ou un autre !) sur nos espérances...


dimitri bulan (hypnobulan) 19/05/2010 17:18


merci, bel article... heu je crois au Père Noel ;)